Les français au Mexique
Racines Françaises au Mexique :
Entre devoir de mémoire et alternative historique
15 000 français sont enregistrés au Consulat de France au Mexique, bien que ce dernier estime que le nombre de compatriotes non inscrits est équivalent à ce chiffre. 65% d’entre eux sont des binationaux franco-mexicains, dont l’histoire est peu connue. C’est pourquoi, l’association Racines Françaises au Mexique a été fondée en 2003, afin de mener un minutieux travail d’historien sur les descendants de ceux qui ont deux patries dans le cœur.
Evoquer et comprendre cette association, passe avant tout par brosser le portrait d’une femme, sa fondatrice et présidente, Geneviève Béraud-Suberville, plus connue comme Minouche. Minouche est franco-mexicaine et fille de Gilbert Béraud, un des derniers émigrés français à s’installer au Mexique en 1952. Une vie marquée par des allers-retours entre Mexico et Barcelonnette, dont est originaire la famille et qui fut le principal foyer de cette émigration.
Et c’est justement au cours d’un séjour dans cette ville des Alpes de Haute Provence qu’elle s’est aperçue « que l’histoire était en train de se perdre », autant au Mexique qu’à Barcelonnette. Pourtant, en France, 3 musées dont 2 à Barcelonnette sont dédiés à l’immigration et la communauté française au Mexique ;
D’ailleurs l’histoire de cette immigration se résume souvent pour l’opinion à celle des « Barcelonnette ». Car il s’agit de « l’histoire la plus connue et la plus étudiée », explique Minouche, « celle écrite par les gens de Barcelonnette ». Il nous manque donc un autre pan de cette mémoire, celle des émigrés eux-mêmes, afin de nuancer une histoire appréhendée comme celle de « débuts difficiles, une époque d’or et un déclin ».
Une vision unilatérale qu’elle regrette et penche pour étudier cette histoire « selon les circonstances historiques » et non d’une « manière globale ». Minouche, qui a dédiée 25 ans à travailler dans la restauration et a été médaillée pour avoir aidé à « mettre en valeur la gastronomie mexicaine », a suivi des études d’Histoire à l’Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM).
A travers son association, elle poursuit son œuvre d’historienne, centrée désormais sur les descendants de ses français qui ont posé les bases d’une communauté actuellement toujours importante et en hausse de 36,44% ces cinq dernières années. Créateurs de nombreuses industries prospères succombées aux ravages de deux guerres mondiales, de la prospérité de l « époque d’or », il demeure le Palacio de Hierro et El Puerto de Liverpool.
Les immigrés ont cédé le pas aux expatriés, travaillant généralement pour le compte des 400 multinationales françaises qui officient au Mexique à l’instar du Groupe Accor, l’Oréal, Renault … et qui y investissent 600 millions de dollars. Toutefois, ces nouveaux expatriés deviendront peut-être, à terme, des immigrés si l’on considère que 80% des mariages transcrits auprès du Consulat Général concernent au moins un conjoint mexicain ou binational.
D’où cette mission, revendique l’association, de « perpétuer une mémoire vive sans tomber dans une nostalgie stérile » à travers le stockage, la collecte et la diffusion des témoignages. Elle fonctionne en réseau avec le Centre des Archives de Nantes et de Paris ainsi que les divers musées en relation, l’objectif étant de parvenir à « créer ses propres archives et fonder un musée pour conserver le patrimoine souvent épars ». A voir le sourire de Minouche en nous dévoilant les photos et documents recueillis et en exhibant sa dernière conquête, un uniforme français de l’un de ces migrants, le projet a de l’énergie.
Derrière la construction d’une mémoire collective, se cache celle de la construction de sa propre identité, forgée dans l’appartenance à deux patries, « c’est la biculture qui me préoccupe », confie Minouche. Prendre conscience de cette histoire et identité, c’est déjà la connaître, créer une association et mener un travail d’historien, c’est la faire reconnaître. C’est pourquoi, RFM a été fondée « surtout avec la volonté de nous connaître- où de nous reconnaitre- pour entendre notre identité franco-mexicaine ». Une prise de conscience qu’on n’imagine pas évidente mais dont Minouche a trouvé la recette pour son acceptation : « j’ai changé le ‘ou’ en ‘et’ ».





